Les prénoms des reines oubliées de France
On connaît Marie-Antoinette et Catherine de Médicis. On a oublié Brunehaut et Frédégonde. Pourtant, ces reines mérovingiennes ont exercé un pouvoir politique bien plus considérable que la plupart de leurs successeurs. Leurs prénoms racontent une époque où les femmes franques portaient des noms aussi guerriers que ceux de leurs maris.
Des noms de guerrières
Les prénoms féminins mérovingiens n'avaient rien de délicat. Brunehaut vient de bruni (armure) et hild (combat). Frédégonde associe frid (paix) et gund (combat). Bathilde combine bald (audacieux) et hild (combat). Clotilde, c'est chlod (gloire) et hild (combat).
Cette omniprésence du mot "combat" dans les prénoms féminins n'est pas un hasard. Dans la société franque, les femmes de l'aristocratie exerçaient une autorité réelle. Elles géraient les domaines, négociaient les alliances, et parfois gouvernaient en tant que régentes.
Brunehaut, quarante ans de pouvoir
Princesse wisigothe devenue reine d'Austrasie vers 567, Brunehaut a dominé la politique franque pendant près de quarante ans. Tour à tour épouse, mère, grand-mère et régente, elle a manoeuvré entre les factions rivales avec une habileté redoutable. Sa fin, en 613, est restée dans les mémoires : le roi Clotaire II la fit attacher à un cheval sauvage.
Frédégonde, la reine sans lignée
Contrairement à Brunehaut, Frédégonde n'était pas princesse de naissance. Servante à la cour de Neustrie, elle est devenue reine par la séduction et l'assassinat. Grégoire de Tours, qui la détestait, lui attribue l'empoisonnement de plusieurs rivaux. Vraies ou exagérées, ces accusations ont fait d'elle l'une des figures les plus fascinantes du haut Moyen Age.
Bathilde, de l'esclavage au couvent
Le destin de Bathilde est l'un des plus extraordinaires de l'histoire mérovingienne. Capturée en Angleterre, vendue comme esclave au maire du palais Erchinoald, elle finit par épouser le roi Clovis II. Devenue régente après la mort de son mari, elle fonda l'abbaye de Chelles et de Corbie avant de s'y retirer. L'Église l'a canonisée.
Radegonde, la reine rebelle
Radegonde était une princesse thuringienne capturée par les Francs lors de la conquête de son royaume en 531. Contrainte d'épouser Clotaire Ier, elle le quitta pour fonder le monastère de Sainte-Croix à Poitiers. C'est l'un des rares cas documentés d'une reine mérovingienne qui a choisi de renoncer au pouvoir politique.
Pourquoi ces prénoms ont disparu
Comme tous les prénoms germaniques, les noms de ces reines ont été balayés par la christianisation de l'état civil. Brunehaut, Frédégonde, Bathilde, Radegonde : aucun de ces prénoms n'est plus donné en France depuis des siècles. Seule Clotilde a vaguement survécu, portée par le souvenir de la reine qui convertit Clovis au christianisme.